RECUEIL POESIES : LA CLEF DANS LA SERRURE


VIVRE POUR RIEN


Regarder par la fenêtre

défiler sa vie déserte,

en cherchant du regard,

un petit arbuste d'espoir.

Trouver un petit quelque chose

ou même un petit brin à admirer,

se dire que l'on ne sera pas morte

sans quelque chose de réalisé.

On cherche, on gratte, on s'égratigne

les ongles et même la peau des doigts.

Si l'on ne voit pas, on s'imagine

qu'il faut aller chercher en soi,

ce petit truc encore fertile

qui peut faire dire que c'était " moi "

cet être qui gît sous les jonquilles

qui a fait ceci, qui était cela.



LE JOUET CASSE


Petite colère

qui dégénère,

mots qu'on lâche

et laissent des traces.

Je voudrais retrouver

Le sourire passé,

revenir vers toi

qui me tends les bras,

mais je peux pas,

Je n'y arrive pas.

Tes torts, les miens

sont un chemin,

ce sol piquant

m'écorche au sang

Tu ne comprends pas

que j'en reste là :

si j'oubliais

tout s'arrangerait !

Mais là, je suis

un jouet cassé,

tous mes circuits

sont bousillés,

besoin de temps

pour réparer.

Je ne suis pourtant pas innocente :

des mots aussi j'en ai lâchés,

comme des bombes fulgurantes

visant ton coeur telles des fusées.

Toi tu arrives à passer l'éponge,

un peu comme si c'était un songe,

un fantôme du passé,

âcre souvenir à dégager.

J'aimerai tant être comme ça :

pouvoir d'un trait oublier ça.

Mais tu vois, je n'y arrive pas,

et je m'en veux d'ailleurs pour ça.

Tout va, tout glisse,

et puis un mot,

et paf ça gicle :

dégât des eaux !

Et de nouveau tout se répare

comme un nouveau départ.

J'ai fait bien pire,

je dois le dire.

Tu m'as pardonné

plus que je ne le pourrais,

mais ce schéma

qui revient là,

m'use et m'épuise.

Je cherche la mise

qui me permettra

de dire encore oui à tes bras.

Tu crois que je veux te punir,

mais vraiment, sans te mentir,

ce n'est pas ça !

C'est comme un mur

Tu vois,

qui s'érige droit, là, devant moi.

Je pense des choses que je veux dire,

mais quand j'écoute c'est bien pire :

je ne sais plus quoi penser,

mes mots, mes phrases partent en fumée.

Je ne veux pas par un "mal-mot"

remettre le feu à nos fagots.

Je veux redevenir comme avant

avec mon coeur panier gourmand,

mais dans mon silence je m'enfonce

Le coeur est rance, mon coeur est ronces

Mais là je suis,

un jouet cassé,

tous mes circuits

sont bousillés,

besoin de temps

pour réparer,

j'entends pourtant mon coeur t'aimer.


LE CAVALIER
 


" Ça va ! Ça va ! Tout va bien !

Je dirige mon chemin !

Je suis le cavalier de ma vie !

Je sais où je vais...

Je sais qui je suis... "

" Alors dis moi mon ami...

si tu es le cavalier,

et non pas le cheval,

comment cela se fait

que ton dos te fasse si mal ? "

 


LA SCISSION

Honorine ! Comme :

honorer notre part Divine !

ne pas la gaspiller dans des futilités,

se devoir d'être fidèle à soi même.

Certes, beau programme en somme,

mais se rapprochant de sa part d'homme

bien plus complexe est la promesse,

bien plus sauvage qu'une tigresse.

Se devoir de... se respecter...

comme si nous étions les seuls

à pouvoir nous apporter

la gloire personnelle avant le linceul.

C'est peut être vrai

c'est sans doute la plus belle vérité,

mais que faire quand il y a un avant et un

après ?

cet évènement qui scinde en deux

ce qui devait être de vastes cieux,

ce qui après n'est plus pareil

comme une barre du temps impitoyable

qui balaie

qui cisèle,

qui brise la route d'un pont cassé

que rien ne pourra faire raccrocher

rien, personne, jamais !

Être là, ne plus savoir pourquoi,

pour une raison qui ne laisse pas de

choix ?

Regarder au dehors et se demander

souvent

de quelle planète, de quel temps ?

comme une erreur d'itinéraire

vite finissons l'affaire.

Mais plus perverse qu'un serpent,

l'idée, que sans nous tout soit bien blanc

nous resterons pour venger

ce que l'on nous a empêché.

Mais quand s'arrêtera donc cette ronde,

ce manège qui ne fait rire personne ?

on rit, on pleure, on est vivant

et puis un jour,

un sombre jour,

on s'aperçoit

que même ça

ça n'est plus là.

Ni mort ni vivant

gisant dans la vie

sans place ni abri,

portant sous le bras

la scission de l'instant

qui fut mais ne sera plus,

qui sera mais n'a jamais été,

ici, mais absent,

condamné à errer

jusqu'à ce que la vie décide

enfin de se retirer.

L'heure des honneurs est absente :

le défunt n'avait ni ami ni servante.

Un simple dépôt de corps.

Par ailleurs, peut-être que quelque chose

de différent, sans avant, sans après

pourra être commencé.

Seul espoir qui reste

jusqu'au pas à pas funeste.


LA PLUIE


L'ondée claire et sauvage,

révèle en pleurant son visage

à la manière d'une enfant insatisfaite,

qui étale sa peine sur les êtres.

Aussi impuissants que des parents,

on attend que la peine passe.

Rien n'atténue ce chagrin qui lasse,

Le rayonnement semble dans

l'impasse,

L'on sait pourtant qu'il reviendra,

l'instant semble infini.

Longueur qui nous tient là,

jusqu'à la fin du conflit.


LES MÈRES !


Les mères,

à la porte des maternelles

parlent entre elles,

dissertent sur leur enfant,

à leur yeux exceptionnel,

en progrès effarants.

Elles comparent leur bambin

leur amour, leur chérubin.

Celui qui sera le plus en avance,

qui sur le chemin le mieux s'élance.

Coatcheuses affectives,

leur ego s'active :

il dépend du résultat

que marmot offrira !

S'il prend du retard,

qu'il parle un peu moins tôt,

s'il y a une différence à la forme des mots,

son destin est cassé,

ses espoirs refoulés

de voir en son sein

l'engendrement d'un Einstein.


LES PORTES


Enfant j'étais fascinée par les clefs :

les grandes, fermées sur des secrets,

les petites, parfumées de mystères,

en métal, dorées ou argentifères,

ma préférence : en fer forgé rouillé.

J'aimais à les voler, les cacher, les garder,

mentant sur le doute qui sur moi pesait.

Elles étaient les clefs de mon imaginaire,

l'ouverture sur des chimères.

Grande, hélas, j'en ai rarement possédées.

Les clefs cachent des portes,

Les portes sont arrivées,

sans clefs pour m'émerveiller :

elles appartenaient aux autres,

je me sentais juste, invitée.

Ma vie est une affaire de portes :

celles que j'ai prises pour faire ma forte,

"Je pars, m'en fous de vivre sans vous !"

Celles d'une prison que je porte sur le dos,

Mauvaise direction, piège, tout ça est flou

et celle, plus tard, de mon tombeau.

Je prends pas celles qui s'ouvrent,

seulement celles qui se referment,

aujourd'hui, voila, je souffre :

j'ai perdu la clef de moi-même.


LA MÈRE COUPABLE

(Drame arrivé à Nice, août 2009)


Au quartier de la Madeleine,

les voisins abasourdis

entre consternation et haine,

regardaient la mère sortir.

Menottée, bien encadrée,

par un groupe de policiers,

mère coupable sans se débattre,

révélait son teint d'albâtre.

Maintenue, semblant glisser

comme un fantôme perdu,

on aurait dit que de sa vie

elle n'avait jamais rien vu.

Aux balcons des inconnus,

voulaient se laver du drame,

que pointait cette bonne femme;

c'est sous leur nez que cela est arrivé,

ils n'ont rien senti, rien discerné,

de ce qui se tramait, dans l'immeuble d'à

côté.

Ils la croisaient, comme tout le monde, en

passant

jamais imaginé en elle, une tueuse

d'enfants.

Le père prévenu

tomba à genoux dans la rue

époux et père

désormais ne serait plus.

Découverte macabre de ses petits,

tués par celle qui partagerait son lit.

Les deux enfants âgés de deux et trois ans

prenaient un bain, en confiance avec leur

maman,

ils n'auraient jamais imaginé que la porte

du paradis

se serait, pour eux, ouverte aujourd'hui.



LA LIBERTE


Un homme vit sur Terre, et cherche la paix.

Un homme vit en prison et l'a trouvée.

L'un a tout : un bon job, le canapé, la télé...

L'autre ne peut nulle part aller,

ni rien décider de sa journée.

L'un cherche la paix... l'autre l'a trouvée...

Comment cela se fait ?

Qu'a l'un que l'autre n'a pas ?

Rien de plus, rien de moins en tous cas :

simplement le rendez-vous qu'il s'est donné.

L'un vit pour l'extérieur,

L'autre pour l'intérieur.

L'un cultive son image,

L'autre son jardin du sage.

Celui de la Terre cherchera toujours à plaire :

ce sera sa prison.

L'autre a compris ce qu'il avait en lui :

c'est sa libération.


LA FEMME DE...


je me souviens de tout ça,

de ton rire, de tes bras,

quand on partait se baigner

un sandwich à manger

pour faire notre dîner.

Quand tu nous réparais

notre vieille télé

et que tous on fêtait

ton talent décelé.

On était si fiers de toi !

puis les choses ont changé :

tu as voulu gagner

beaucoup plus d'argent,

te faire un nom plus méritant,

on te voyait très rarement.

Celles qui ne te regardaient pas

se sont tournées vers toi,

te trouvant tout ce qu'avant,

elles ne voyaient même pas.

Dans mon coin je rageais.

La rage m'a abîmée :

moi tout ce que je voyais

c'est la perte que j'avais

depuis que tu étais

devenu PDG.

La rancoeur, la jalousie,

ça met d'autres femmes dans le lit

de celui qu'on aimait

et qui nous a quitté,

pour ne plus être harcelé.

Je sentais ta chemise

en me souvenant

qu'avant que je me brise

je ne t'avais que pour moi,

je ne vivais que pour toi.

Puis ton ambition

a mis mon coeur au violon,

tu vibrais à l'unisson

des croqueuses de pognons,

des balconnets, des jupons.

Ce qu'elles ne voyaient pas,

c'est ce qui te faisait, toi.

Ce que je ne voyais pas,

c'est que tu avais besoin de moi :

je ne t'ai pas suivi,

j'en paie le prix.

Il y en a plein qui m'enviaient,

me disaient " tu es gâtée

d'avoir un homme friqué,

tu peux tout t'acheter,

réaliser tous tes souhaits "

Ce qu'on ne voyait pas

c'est que l'argent pour moi

a été le venin

qui a brisé le chemin

des espoirs de demain.

Pourquoi a t-il fallu

qu'un matin tu aies cru

que nous n'avions plus rien

à nous mettre sur les reins ?

Nous, on était très bien !

Pourquoi a t-il fallu

qu'une nuit, bouffée d'angoisse

d'un sentiment de poisse,

je te dise bien en face

de partir sans laisser de traces ?

Tu n'es pas revenu

je t'ai bien attendu

mais voilà je n'ai pas vu

que tu n'en pouvais plus

de mon attitude crochue.


L'HUMANITE


La nuit étire son corps, le dépose sur le lit

d'humanité,

Sombre, grave, encombrée de parfums

divers.

Se pourrait-il qu'elle puisse encore croire

qu'ils sachent toujours rêver

à d'autres espoir que financiers ou de gloire

à posséder ?

de pouvoir à maîtriser, en convoitise se

pâmer ?

et tout ça, pour partir dépossédés de

l'essentiel à conserver.

La nuit se roule dans les couvertures de

l'atmosphère,

puant la houle de l'éphémère, se pourrait il

que l'un d'entre eux

puisse vivre du coeur et non des yeux ?

qui, captivés par l'abondance

en désir de possessions à outrance

se ruent sur les pans de la souffrance.

Tout leur a pourtant été donné !

ne sont-ils là que pour casser

le pot de Terre sur les pavés

qu'ils écrasent de leur pauvre mentalité.


JE ME SOUVIENS


Un mot,

juste un mot.

Un murmure de lettres

qui viendra peut être

donner à l'âme de tes yeux

un souffle joyeux,

ou bien à celui de tes pensées

une révélation imagée.

Une image

rien qu'une image.

Fugace tel un mirage,

sauvage témoignage

de la traversée des âges,

kaléidoscope en partage

d'un oeil en pèlerinage.

Un son,

à peine un son,

celui que l'on entend

dans les silences

que la vie nous tend.

Un hurlement muet de l'instant

que l'on emporte en soi

en secret pour se le répéter.

Un parfum,

parfum d'un passé inachevé,

absorbé dans un instant volé,

qui se révèle à la dérobée

d'un hasard rencontré,

et nous envahi

de souvenir de la vie.

Un goût,

un simple goût

et c'est la porte ouverte à tout,

tout ce que la mémoire

conserve pour ses rencontres de

hasard,

et nous transporte vers l'espoir

de révéler la lumière dans le noir.

 

J'AI DES VERS DANS LA TETE


J'ai des vers dans la tête,

qui me narguent qui me guettent.

Ils attendent mon repos

pour me souffler des mots

qui s'enchaînent entre eux

qui remplissent les creux.

Mes nuits sont de véritables conquêtes

de verbes, de noms, d'épithètes,

au matin je me délivre

de ce trop plein qui m'enivre :

sur le papier je livre

leur insistance pour vivre.

J'ai des vers dans la tête

qui grignotent mes pensées.

Tu me parles, je projette

les mots à assembler.

Les idées se bousculent,

les thèmes apparaissent,

chaque instant j'ai une virgule

pour équilibrer mes textes.

Mon cerveau n'est plus mien,

il vit dans mes doigts

interprètes de la foi

de l'inspiration qui me vient.

Mon Dieu s'appelle Mot

il m'agenouille pour servir

d'intermédiaire pour écrire

ses élans, ses grands sauts.

Des fois je voudrais m'endormir

sans un mot sans histoires,

et d'autres je suis en repentir

d'avoir laissé fuir

l'inspiration d'un soir.

 



GRANDIR

(dialogue entre un adulte et un enfant)


(Le grand)

Petit, tu sais cette nuit,

une muse est venue pour me dire,

alors que j'étais endormie,

un secret important de ta vie.

Petit, tu sais cette nuit,

une muse est venue pour me dire,

que pour toi dans la vie,

Le pire, en fait c'était grandir.

(L'enfant)

Un grand c'est bête et méchant,

ça ne comprend rien aux enfants,

j'ai peur qu'en devenant grand,

d'être seul dans la vie, tu comprends ?

Je croyais vos bras et les miens

unis pour l'éternité,

que la source de vos baisers,

jamais ne se partagerait.

Puis un jour petit frère arriva,

et j'ai dû prêter vos bras,

vos baisers sont allés se poser,

sur un autre front plus douillet.

Le jour de l'école arriva :

tout seul là-bas Elle me laissa,

la regardant, en larmes, repartir

avec lui dans ses bras, sans mot dire.

Je ne veux pas grandir.

Au choix je préfère mourir

plutôt que de ne plus avoir

votre amour rien que pour moi.

(Le grand)

Petit enfant tout frêle et rebelle,

vois la vie comme une aventure,

où les rencontres, les plus belles,

se dessinent pour toi au futur.

Notre amour pour toi est éternel,

de cela tu peux être sûr,

mais nous devons te montrer le chemin

qui te portera vers demain.

(L'enfant)

Mais si je deviens grand,

un jour, vous disparaîtrez !

regardez vos propres parents :

dans leurs bras, plus jamais ne serez.

Alors je voudrais gagner,

un peu de temps sur la vie,

et en restant tout petit,

je sais qu'on restera unis.

(Le grand)

Petit, tu sais c'est la vie

de devoir un jour quitter le nid.

On comprend bien là ta peine.

Laisse envoler pour la vie ta haine.

Un jour tu deviendras parent.

À ton tour tu auras des enfants,

que tu guideras vers demain,

car il n'y a pas d'autre chemin.

Aimer c'est laisser s'envoler

ce que l'on aime le plus dans la vie,

c'est de le voir se débrouiller

avec l'amour qui lui est acquis.


P.A.P.A.


Jamais je n'aurais cru,

un jour pouvoir les dire,

ces quatre lettres interdites

dans la langue de mon vécu.

Née d'un homme qui ne fût qu'un gland

qui donne sa graine et part devant,

maman seule dans sa souffrance

a été mon pilier d'enfance.

Seule elle m'a élevée

face aux regards qui la jugeaient :

la fautive, la légère, la fille perdue

qui en cet amour a pourtant cru.

Et puis un jour tu arrivas,

dans sa vie et dans ses bras,

cadeau de son passé :

son premier amour inachevé.

La vie vous a de nouveau réunis

et aujourd'hui c'est comme si

c'était toi, papa qui m'avait donné la vie.


VIEILLIR
 


Un petit haut qui me serre,

qui m'allait bien avant,

mon corps est un repère :

un baromètre du temps.

Ce ventre rondouillet,

il fût un temps, me flattait

quand je vous attendais.

Je regarde les taches

posées là, sur mes mains

comme autant de témoins

de ce très long voyage

qui dit mener au sage.

Je ne suis plus bonne à rien

je devrais passer la main

finir de croire que je peux,

encore trouver un espace

dans lequel je me place

avec charme et sérieux.

Je ne suis qu'un guignol

en jupe démodée,

les enfants me regardent

en me disant mémé.

Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

j'étais belle à croquer !

Mais c'est qui dans la glace

cette vieille pomme pourrie ?

Ce doit être une farce

pire quand elle me sourit.

Où est passé ce temps

quand je plaisais tout le temps ?

J'avais des soupirants

pour au moins cent ans !

ils sont passés où ?

Tous ces hommes jaloux

qui se disputaient la place

ce que je pouvais être garce !

Ça faisait partie du jeu.

Aujourd'hui il y a le temps

devenu mon amant

témoin de mon rang,

celui des mémères,

qui furent femmes,

qui furent mères,

mais ce qui fût n'est plus.

Je déteste le temps

il me marque jusqu'au sang

en dehors au dedans.

Suis-je obligée d'assister

à ma déchéance dévoilée ?

Je déteste le temps

mais je gagnerai sur lui,

car un jour en riant...

je serai partie.


TU L'HAIMES TANT


Il est une femme que tu aimes tant,

que tu voudrais serrer tout le temps :

l'avoir près de toi

du matin au soir,

savoir ce qu'elle fait

du lever au coucher.

Si tu ne l'as plus à tes côtés

tu finis par douter,

de ce qu'elle dit,

à qui,

de ce qu'elle fait,

sans toi à ses côtés,

de ce qu'elle pense

en ton absence.

Dans ces moments, pour toi intenses,

ta colère est immense.

Il est une femme que tu aimes si fort

si tu pouvais habiter son corps,

toutes les journées

sans t'arrêter,

et qu'elle ne puisse pas s'en lasser.

Si seulement elle pouvait penser

exactement comme tu le fais !

Si seulement elle pouvait réagir

exactement comme tu l'exiges,

tu n'aurais pas à te fâcher,

à lui faire peur, la menacer.

C'est de sa faute si parfois,

contre elle tu dois hausser la voix.

Une fois pourtant elle s'est battue

pour ne plus être détenue :

elle a senti le filet s'écarter,

en a profité pour s'échapper.

Avec cette femme que tu aimes tant

vous avez eu de beaux enfants.

Sa liberté elle le savait,

de leur absence elle la paierait.

Elle aurait tant voulu te dire

qu'elle venait de faire le pire,

mais elle entendait ta voix

résonner en elle à chaque fois,

racontant ce que tu lui ferais

si un jour tu l'apprenais :

feu flamme, le béton et le bidon,

seraient l'ultime condamnation.

Elle a préféré par elle même

ôter la vie courant ses veines.

La vie n'a pas voulu partir

chaque jour est la facture du repentir;

Même si tu dis lui pardonner,

le vrai problème n'est pas réglé.


TRANSFORMATION


Rien ne reste,

tout s'en va,

et même si tu contestes

tu verras !

Tout ce qui vit

est voué à la mort.

Vas y souris,

Tu verras si j'ai tort !

Toute matière un jour

disparaît,

Et si tu crois ton séjour

ici, éternité,

tu te leurres

avant l'heure

Bourriquet !

Que dis tu ?...

... Les écrits ?

... Il se peut,

qu'eux, survivent en effet...

Il se pourrait...

mais le sens qu'ils inspirent,

dans le temps

se repique

et le sens

en évoluant

leur ôte

leur nature d'antan.

Que dis-tu encore ?...

... Que tout se transforme ?

... Oui mais alors, ce n'est plus la

même forme !

... Tu me parles... d'évolution ?!

Petit, là je crois que tu as raison !


ZONE BLANCHE


Page blanche, vide écrasant

quand sur moi je me penche

l'abîme se déclenche.

J'aimerais tant comprendre,

trouver, savoir, apprendre.

Je cherche, fouille dans mes méandres,

m'enlise, me noie, un peu plus tous les ans.

Je cherche ma vie, ou même la vie,

mais à creuser je m'enterre

dans cette "auto-psy".

Je me dissèque, je dégénère

en moi je puise un grand puits,

ma tombe après examen,

sera la demeure de ma faim.

Quel appétit quand je me sonde !

chaque miette pourrait résonner,

me donner la clef du monde recherché :

celui où en moi vivraient joie et paix.

On me dit me complaire

dans ce qui désespère,

je veux juste me trouver

pour être bien, pour être aimée.

Désirant une vie sur Terre,

je m'installe vide en terre :

m'offre un ticket pour l'enfer,

mets ma plénitude aux fers,

suinte l'amertume du vécu

qui s'entasse comme fortune en écus.

Mais richesse comme sable se défile,

en moi la dégradation s'empile

je ne me regarde plus,

je ne me reconnais plus,

je veux qu'elle s'en aille

celle qui me pourrit âme et entrailles.

Esprit volé par cette autre

qui agît comme un hôte,

mais c'est de chez moi qu'il s'agit !

elle vit en moi et moi je gis

et si j'agis...

j'en meurs aussi.

Ma vie est une mort lente,

calme et décidée.

Je me débats,

mais rien ne sert :

je suis une condamnée


DEVANT LA TELE


Devant la télé,

le vingt heures diffusé :

on écoute bouche ouverte,

les yeux glauques et l'air bête,

les infos de la journée.

Cas d'urgence en honneur :

mort, meurtres, scandales,

les cancans dévalent,

s'invitent chez nous,

de nos cerveaux se régalent

distillant au verbal

leur dernière feuille de chou.

La boutique des horreurs

a d'abord la primeur;

puis une fois bien secoués

dégoûtés, dépités,

on saupoudre dans nos yeux

des villages merveilleux.

Juste après le but manqué,

les salaires indécents,

ou avant d'annoncer le décès

d'une dizaine de gens,

les sondages nous rassurent

par leur chiffres de parjure :

à trente cinq pour cent

on nous assure

que le bonheur est devant !


 
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