Partager l'article ! 1er prix littéraire 2008 section nouvelle: Gagnante concours 2008 Contraintes : - une description de paysages - un chien - ...
Gagnante concours 2008
Contraintes :
- une description de paysages
- un chien
- une grand-mère
- des enfants
- un bibliophile intrépide
- un secret
- de l'eau
- maximum 5000 mots
LE SECRET DU LUC
(4935 mots)
1 LE RÊVE
Les rayons du soleil levant, caressaient les persiennes de la chambre de Martha. La lumière s'y infiltrait, telle une nuée de tendresse. On aurait presque dit qu'elle venait déposer un doux
baiser maternel, sur ses joues encore bouffies de sommeil. Bien que déjà réveillée, elle s'attardait dans son lit. Elle avait pour habitude, avant de poser pied à terre, de repenser à ses rêves
de la veille. Elle aimait à en imaginer la fin, et considérait chaque songe comme un don offert par la nuit pour nourrir ses récits. Mais ce matin là, elle réfléchissait à son rêve de la nuit
dernière d'une façon plus inquiète. C'était un bien drôle de rêve qui la laissait au seuil de cette nouvelle journée, dans un état de perplexité. Devait elle ou non le prendre au sérieux ? Elle
se leva enfin pour ouvrir sa fenêtre et laisser entrer la douce chaleur matinale du mois de mai. Le grincement des volets était un signal pour Pétrin. Dès qu'il les entendait, il venait
timidement gratter à la porte de la chambre de sa maîtresse. C'était un chien dévoué mais peureux par nature. Martha l'avait recueilli sur le bord d'une route alors qu'il venait de se faire
renverser par un chauffard qui ne s'était pas même arrêté. Ils vivaient ensembles dans la maison familiale des Raïnes, et se tenaient mutuellement compagnie. Tous deux, à leur manière étaient des
rescapés de la vie, et ce point commun leur avait donné en héritage une bien belle complicité. Ensembles, ils se dirigèrent vers la cuisine. Pétrin appréciait plus que tout son bol de lait froid,
puis, une fois qu'il l'avait terminé, il venait poser sa tête sur les genoux de sa maîtresse pour grappiller une ou deux tartines en supplément. C'était un peu comme un jeu entre eux deux :
Martha faisait celle qui ne comprenait pas, et Pétrin jouait de ses yeux suppliants. Ces petites scènes matinales simplettes leur donnait l'entrain pour la journée. Ce matin là, au moment de
commencer leur rituel, Martha entendit une voix bien familière, lui lancer « vous avez un nouveau message !». Coupée entre l'envie de terminer son repas matinal et de lire son courrier
électronique, elle favorisa sa passion, et se dirigea finalement vers son écran en transportant son café au lait dans une main, et sa tartine dans l'autre. Pétrin la suivie, mécontent d'avoir été
interrompu au moment crucial de son acquisition gourmande. Il y a quelques années, Martha avait souffert d'une grave maladie qui s'était acharnée à lui détruire la plupart des articulations de
ses mains. Son kinésithérapeute qui s'occupaient de la rééducation motrice de ses doigts, lui avait conseillé de trouver un moyen de les stimuler en dehors des séances. Ce jour là elle avait
marqué le rendez vous suivant sur un bout de papier publicitaire qui proposait des cours d'informatique. Prenant cela avec humour, Martha s'y était inscrite, prenant ce hasard comme un clin
d'oeil de la vie. Elle y trouvait son compte car le clavier lui permettait de ce fait de faire travailler ses doigts, en améliorant leur fluidité. Plus tard elle apprit à se servir d'internet, ce
qui lui donna la possibilité d'avoir une fenêtre ouverte sur le monde et la culture. Le paramètre du conseil médical faisait acte d'obéissance dans cette activité quelque peu moderne pour une
personne de son âge, mais qui de plus, en brisait sa solitude. Martha ouvrit sa boîte de courriels et y découvrit un message de son ami d'enfance, Daniel. Ensembles ils avaient usés leurs
chausses sur les mêmes bancs d'écoles. Leurs chemins de vie les avaient éloignés l'un de l'autre, puis finalement à nouveau rassemblés par le biais de la modernisation de la communication via le
web. Daniel était un bibliophile intrépide. Il parcourait le monde entier à la recherche de manuscrits et de livres rares. Sa collection était extravagante. Il la gardait jalousement dans sa
propriété Auvergnate. Martha était dans la confidence de son addiction d'ouvrages littéraires introuvables. Elle était la seule avec qui il partageait le récit de ses aventures parfois
audacieuses qui lui avaient permis d'obtenir un nouvel exemplaire inusité. Une sorte de chasseur de trésors, un Indiana Jones litteraire. Tout en lisant le message de son ami, elle donna à Pétrin
d'une main distraite la tartine qui l'avait suivie dans son déplacement. Content que le rituel fut en fin de compte respecté, il partit, son trophée en gueule, vers son espace personnel.
2 LE MESSAGE
Message de danieldanfaron@moitel.fr Martha, une découverte extraordinaire me porte vers chez toi. J'apprécierais de pouvoir te voir pour en parler, d'autant que je pense que tu seras celle qui
pourra me confirmer quelques informations précieuses. Il s'agit d'un secret que je ne peux pas développer ici. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il faudra que tu m'amènes jusqu'à la route de
Vaulongue, c'est extrêmement urgent. Ne me réponds pas je quitte le Pérou aujourd'hui et n'aurai plus accès à internet durant quelques jours. On se retrouve chez toi. Pardon de m'inviter ainsi
mais c'est important. Je pense être là lundi. Tu ne vas pas en croire tes oreilles ! Je t'embrasse ! Daniel Martha pouvait sans nul doute palper l'excitation de son ami au travers des ces lignes.
La route de Vaulongue... le Pérou... un secret... tout ceci venait secouer le quotidien bien tranquille de Martha. Encore sans doute une excentricité de Daniel, pensa t-elle, avec amusement !
Qu'est il encore allé dénicher ? Quel lien pouvait il y avoir entre le Pérou et cette route qui mène au cimetière du Luc en Provence ? Les rayons du soleils entraient à présent de plein pied dans
le salon de Martha. Elle délaissa son écran pour aller aller faire sa toilette. Traversant la cuisine, elle posa un oeil attendrit sur Pétrin qui mâchouillait une vieille balle qu'il
affectionnait depuis son premier jour ici. Ce vieux chien avait parfois des habitudes de chiot. Elle ne doutait plus du fait que chien et maître déteignent toujours l'un sur l'autre. C'est vrai !
pensa elle, internet en fait appartenait à une génération plus jeune que la sienne également ! C'était en quelque sorte sa balle en caoutchouc à elle. La fraîcheur de Martha contrastait avec son
âge avancé. Elle avait gardé la jeunesse dans son regard et le ciel bleu de l'été semblait en avoir été le créateur. Bien que son visage portait les stigmates des ruisseaux du temps écoulé, sa
peau reflétait la douceur généreuse de son âme. Elle était un peu à l'image de ces fleurs poussant en plein bitume : une alliance entre fragilité et force de vivre. Le principe de cette
octogénaire verdoyante était de ne porter que des vêtements de matière naturelles, fluides, aux couleurs chatoyantes qu'elle rehaussait d'un chapeau qui se mettait en scène avec la lumière
extérieure. « La nature me va si bien » se disait elle dans un éclat de rire espiègle. Martha avait vu le jour au printemps 1933. Elle avait grandit jusqu'à l'âge de six ans auprès de ses
parents, dans la plus pure affection, avant d'être placée à l'assistance publique. Tout comme ses nouveaux frères et soeurs de vie, la cruauté humaine avait emporté pères et mères sous un dernier
concert de bombes sifflantes, impitoyables dans leurs mesures aux portées funestes. Elle en avait voulu de longues années à la vie de l'avoir laissée à un sort d'orpheline. Avec le temps, elle
laissa de côté sa rancune d'infortune pour la transformer en élixir de vie et prit pour famille l'humanité toute entière. Elle se maria à l'aube de ses 20 ans avec un homme de bonne famille, René
Raïnes, un peu plus âgé qu'elle. Il lui légua à sa mort la maison dans laquelle ils avaient eux même accueilli des enfants meurtris. Ce lieu était une sorte d'alambic dans lequel les ingrédients
de la souffrance, de la peine et de la douleur, finissaient par se convertir en éclats de rires et bouquets de sourires. Une sorte d'antichambre, où des meurtrissures accusées se transformaient
en un potentiel de bonheur retrouvé. C'était cela, le talent de Martha, et elle savait l'insuffler à toutes les personnes qui croisaient son chemin. A l'heure où les légumes dansaient
méthodiquement la chorégraphie alchimique de la valse culinaire dans sa belle marmite en fonte rouge, Martha aimait à s'installer devant sa fenêtre. Parfois attentive à se qui se passaient par
delà la vitre, parfois amusée par les attitudes des gens qui passaient au dessous. De là, elle voyait la Tour Hexagonale, fièrement érigée près d'une place qui admettait un banc bien singulier,
celui des « menteurs ». Au loin, les collines, doucement étendues comme le dos d'un chat qui s'étire d'aise, nichant des maisons aux couleurs du sud. Le cyprès face à sa fenêtre abritait lui
aussi dans sa tendresse naturelle une maman pigeon qui venait se glisser entre les branches après onze heures. Là il était encore bien trop tôt pour qu'elle l'aperçoive. Son village tout entier
était une terre d'accueil et tout venait en parler. Les oiseaux cantabiles, l'arche indigo du ciel, les rires des enfants dans les ruelles, les bâtisses colorées, ses fleurs et jardinets
entretenus. Le soleil y jouait à cache cache, pénétrant sous les voûtes de pierres anciennes, se reflétant dans les ruisseaux, miroitant le mouvement calme de l'eau. Comme tous les villages, le
Luc en Provence, avait ses espaces commerciaux, ses lieux de rencontres et de repos, à la différence que ses habitants semblaient y vivre en vacances perpétuelles, le labeur ne pesant point sur
leurs visages souriants et dorés par les rayons du beau temps coutumier. Le bien être semblait avoir fait son nid dans ce petit village du midi. À force de regarder dehors, son esprit fini par
être de nouveau happé par le message de son ami qu'elle allait bientôt revoir. Qu'allait il encore lui faire découvrir ? Daniel avait ce petit truc exceptionnel en lui, qui faisait qu'après
chacune de ses visites, le monde ne semblait plus être le même. Il recelait en lui de multiples mystères qu'il lui partageait toujours avec une grande simplicité. Pourtant, bien souvent, derrière
cette ingénuité, se révélait un trésor de connaissances uniques réservées qu'à un petit nombre d'initiés. Qu'allait il cette fois ci lui exposer ? Le soleil montait, se hissant au plus haut pour
envelopper ses protégés dans sa lumière chaleureuse. Il n'était pas bien loin de midi. Elle se leva, laissant là, Pétrin, qui l'avait rejoint et qui s'était laissé absorber dans son sommeil
habituel de fin de matinée. Les tonalités olfactives annonçaient que le corps de ballet végétal menait à bien son spectacle dans la marmite de fonte rouge. L'instant de la révérence dans
l'assiette approchait, et c'est dans un rideau de vapeur qu'elle les y installa. La pigeonne était repartie de son nid pour n'y revenir qu'après dix sept heures.
3 LE SECRET
Les jours s'écoulèrent tranquillement, comme dans le mouvement lent d'une barque reposant sur le lac paisible de l'existence. Les flux et les reflux des heures qui passent, le rythme des
habitudes quotidiennes, les gestes appliqués pour plus de saveur de l'instant présent... tout cela avait eu leur place jusqu'à ce qu'un bruit de poings tambourinant sur la porte vint y mettre un
terme. Loin d'en ajouter à toute cette canonnade Pétrin parti se cacher en lieu sûr. Martha jeta un fichu sur ses épaules, avant de se précipiter sur la porte afin de mettre un terme à tout ce
vacarme. – mais tu es complètement fou ?! – Moi aussi ça me fait plaisir de te revoir Martha ! Daniel, affichant un sourire gavroche tendit un bouquet de fleurs à son amie quelque peu ébranlée
par cette arrivée théâtrale. – Allez ! rentre vite, vieux fou, tu vas faire finir par faire jaser tout le quartier ! – Où est Poltron ? – Ce n'est pas Poltron, c'est Pétrin... Il est parti se
cacher, tu as vu tout le raffut que tu as fais ? Assieds toi mets toi à l'aise et viens me raconter plutôt... as tu fais bon voyage ? Veux tu prendre quelque chose ? Daniel prit le temps de se
libérer de son duffle coat bleu marine qui lui donnait un air d'adolescent enfermé dans un corps de septuagénaire. Il le posa sur le rebord du bras du canapé, sans se laisser ballotter par le
flot incessant des questions de Martha qui s'abattait sur lui. – ... alors, dis moi, qu'es tu allé faire au Pérou ? Encore une rareté qui t'a mit en chasse ? Criait Martha du fond de la cuisine,
tout en farfouillant dans ses placards. Que me rapportes tu ? Une rareté ? Le dernier exemplaire d'un dinosaure littéraire ? Où ai je bien pu mettre cette boîte ? – Mieux que cela encore ! Je te
rapporte un secret ! – Si je t'offre du thé, en échange, tu me le dit ton secret ? Lança t-elle encore une fois du fin fond de son laboratoire culinaire. – un thé... oui bonne idée... – Alors
raconte pourquoi voulais tu me voir ? Quel est le rapport avec Vaulongue ? Interrogea Martha en installant le thé et les biscuits près de Daniel qui s'amusait de la curiosité enfantine de Martha.
Les fleurs offertes trônaient sur la table principale du salon, dégageant leur parfum sucré dans toute la pièce. – raconte moi tout... – par quoi veux tu que je commence ? – Par tout, je suis
impatiente, depuis le temps... depuis ton mail... je ne fais qu'y penser, j'imagine tant de choses... – alors je vais commencer par le début si tu veux bien. Il avala une gorgée de thé pour faire
patienter sa groupie, la regardant d'un coin d'oeil amusé... et commença en reposant sa tasse. - Sais tu que la route de Vaulongue est décrite dans un manuscrit ayant traversé les siècles,
jalousement conservé dans la bibliothèque d'un prêtre péruvien ? Je l'ai rencontré. Ils se le transmettent depuis de nombreuses générations. Cela parle d'un village lumière qui s'est construit au
milieu d'un sourire de soleil. Si tu regarde bien les plans du Luc, tu verras que ce qui fait l'autoroute aujourd'hui, mais qui était une petite route autrefois, forme la lèvre du dessus et en
dessous la bouche se forme avec la route qui mène à Brignoles. En regardant bien attentivement, tu t'aperçois, que ces deux routes forment une sorte de bouche qui sourit. Le Luc, qui signifie
lumière, y est placé en son centre. – Et tu as dû partir au Pérou pour voir ça ? – Martha le regardait droit dans les yeux, d'un sourcil étonné, ce qui lui donnait un air de clown au milieu de
son visage arrondit. – Attend, je te raconte... Savais tu qu'un ancien prêtre du Luc s'est exilé en 1516 en amérique du sud ? il a emporté un manuscrit qui révélait un secret qui aurait pu lui
coûter la vie s'il était resté dans son église. Il l'a mit en lieu sûr dans un monastère Péruvien. A vrai dire ce n'était pas du tout ce que je cherchais. Mais lors d'une halte, j'ai rencontré un
prêtre. – c'est quoi ce secret Daniel ? Suppliait Martha Daniel prit un air plus grave. Rien à voir avec l'excentricité qu'il affichait habituellement. Martha senti ce changement et se garda
d'intervenir plus en avant de peur de le bloquer. Les coups feutrés assénés par les secondes de la grande horloge familiale semblaient étirer ce temps lourdement suspendu. Daniel baissa la tête.
Martha ne savait plus s'il jouait avec ses nerfs, ou si ce qu'il allait lui dévoiler avait une si sévère importance. Le regard de son ami traversa le sien comme pour aller voir l'effet des mots,
plus loin, au delà de ce qu'il pourrait prononcer. – Martha, ce prêtre avait un grand secret, et c'est ce que je suis venu partager avec toi. N'en parle jamais. Quand tu le sauras, plus rien ne
sera pareil pour toi. Martha le perçait de son regard bleu, Daniel la sondait pour préparer le terreau de sa révélation. La réalité de l'instant prenait une incroyable tournure. Il y avait une
tension palpable qui montait, à savoir, lequel des deux allait alléger la lourdeur de cet instant asphyxiant leur spontanéité mutuelle. Ce fût Daniel, qui le premier envoya la première bouffée
d'oxygène. Il prit les mains de Martha entre les siennes et lui dit en penchant la tête, comme pour parler à un enfant de quelque chose de grave : – écoute Martha, je sais que ce que je vais te
dire va te sembler sans doute absurde, mais je te demande de m'écouter bien attentivement, et de me le laisser le crédit de ta foi en ce que je vais te partager. Daniel se leva, soutenu par une
inspiration profonde, laissant Martha le suivre du regard. Son front se posa contre la vitre du salon, laissant un halo de souffle de dragon sur la vitre. – Personne n'a pu encore remonter
jusqu'à son origine. Le manuscrit était précieusement gardé par le prêtre exilé. Des personnes venaient le voir pour diverses maladies et blessures, physiques ou mentales. Ces personnes
ressortaient de sa paroisse quasiment guéris pour ne pas dire totalement. Sur le moment, tout le monde avait mit cela sur le compte de la foi, mais très vite, cela s'est retourné contre lui, et
la haute église, devant ces miracles multipliés a fini par émettre un doute de sorcellerie derrière tout cela. C'est la raison pour laquelle il s'est enfuit, sauvant sa vie, et son secret. Il mit
en lieu sûr cet héritage dans le pays des plus anciennes civilisations secrètes, car elles aussi le connaissaient ce secret. L'un de ses homologues, un certain père Sanchez l'a guidé en rêve
jusqu'à lui, d'après ce que raconte les notes qu'il a écrites dans son manuscrit. Depuis, plus personne en a parlé, et sa disparition du village fût prétendue à une éradication de la part de ses
supérieurs. Il reprit une ample respiration. – ... l'histoire raconte que le prêtre banni a voulu retourner chez lui des années plus tard, pensant l'affaire oubliée. Une grande tempête à surprit
son navire sur le chemin du retour et il est mort noyé, englouti par les flots... et la route de Vaulongue détient une partie de la clef de son mystère.... ... Ce que je veux te dire Martha,
c'est que je suis convaincu que le secret existe encore ici, quelque part, dans ce village. Martha, j'ai besoin de ton aide pour le trouver. Il avait rejoint son amie, et s'était agenouillé
auprès d'elle, lui reprenant une nouvelle fois ses mains dans les siennes. – mais Daniel, t'aider à trouver quoi ? Assis près d'elle, son regard s'illumina et simplement prononça – De l'eau ! –
Sers toi ! Dit-elle en montrant de la tête la carafe d'eau posée sur la table près d'eux. – Non ce que je veux dire, c'est que ce secret, c'est de l'eau. Je veux que tu m'aides à trouver de
l'eau. Celle du prêtre ! – Tu veux que je t'aide à trouver de l'eau, de l'eau d'un prêtre ? Mais tu es devenu desaxé à force de cavaler mon pauvre ami. Les bénitiers en sont plein d'eau de prêtre
si tu en veux ! – Non, pas celle là, je ne te parle pas de cette eau là. Sa tête doucement pivotait de gauche à droite comme visée sur son cou, son regard était comme hypnotisé par le son de sa
révélation. – l'eau dont je te parle Martha a un don exceptionnel. Il y a ici, au Luc, une source bien particulière. L'eau provenant de cette source, a un pouvoir. Ses cristaux absorbent la
pensée de la personne et en revoie les effets à qui la boit. C'est à dire qu'elle est une sorte de source à voeux. – On a une source comme ça ici ? Tu es sûr de ton coup là Daniel ? Disait Martha
ahurie de doutes par ce que venait de dire son ami. – Oui j'en suis convaincu. Elle existe quelque part ici, dans ce village. Si nous la trouvons... ah je n'ose mais pas y penser... mais cela
pourrait changer beaucoup de choses. – Mais tu y crois vraiment ? – Absolument, j'ai tous les documents qui le prouve. Je sais, c'est tout. Daniel ne semblait pas plaisanter. C'est alors qu'elle
se rappela de ce rêve de l'autre nuit, mais se garda d'en parler, pour l'instant.
4 LA COLLINE
Martha appela Pétrin, pour qu'il les accompagne, mais celui ci donna sa préférence au dessous du lit. Daniel rassemblait quelques affaires qu'il avait éparpillées, poussa sa valise dans un recoin
de sa chambre, ajusta le col de son duffle coat. Martha jeta une large capeline sur ses épaules, chaussa son chapeau sur sa tête, entraîna son ami à l'extérieur, et referma la porte derrière eux.
Il faisait encore nuit, et l'air était encore frais. Les amis marchaient côte à côte en silence, perdus dans leurs pensées respectives. D'un accord entendu ils semblaient ne vouloir laisser
échapper aucun mot de peur de laisser transpirer la raison de leur procession. À la fois pressés d'accéder au site, et en même temps dans la saveur du mystère de ce qu'ils pensaient y découvrir,
c'était un peu comme à Noël, lorsque l'on arrive face à ses cadeaux, c'est un instant jouïssif qui se perd dans le déballage, pour n'être retrouvé que le noël suivant, mais avec malgré tout un
peu moins de saveur d'année en année. Au fur et à mesure qu'ils avançaient dans les ruelles l'excitation montait. Il semblait que ce chemin s'allongeait rien que par contrariété. Ils arrivèrent
enfin à l'angle du mur du cimetière. Daniel sorti son plan cramoisi par le temps, et l'ouvrit avec une infinie délicatesse. Il s'agissait maintenant de se repérer, de faire converger l'espace et
le temps de quatre siècles séparés. Il indiquait une route en montée. Cela faisait une diagonale parfaite entre le point de la tour hexagonale, le cimetière, et ce qu'ils recherchaient. Une ligne
droite à vol d'oiseau. Évidement, l'urbanisation avait grignoté du terrain, et le chemin avait disparu. Pourtant Daniel sentait bien que c'était là. – Continuons, nous allons essayer de
contourner ces habitations, pour nous retrouver au plus près du versant de la forêt. Martha suivait son ami, dans un silence absolu. Ses petites jambes étaient encore bien alertes. Daniel prenait
soin d'elle en la soutenant de sa galanterie. Ils empruntèrent un chemin de terre rouge parallèle qui partait en direction de la colline. Une barrière en interdisait l'accès, mais ils
l'ignorèrent comme le font les gosses espiègles. Les poussières de terre rougeâtre s'incrustaient sur leurs chaussures. En face la forêt en fouillis de pins les appelait. – Regarde ! Daniel
indiquait de son doigt pointé une zone face à lui. – il ne reste pas grand chose, de plus je serai étonnée que cela soit d'époque. – Je sais, mais quelque chose m'attire par là, et si on
considère le plan, c'est bien dans l'axe. Allons voir de plus près. Une vieille bâtisse que le temps avait semblé oublier trônait dans le nid de ses propres ruines. Les pieds de Daniel
dégageaient les caillasses qui jonchaient le sol, cherchant un indice, un encouragement, une preuve, un quelque chose à quoi se raccrocher. Mais rien, absolument rien ne semblait se souvenir du
précieux secret engloutit dans le temps. Le soleil se levait, rosissant de flaques lumineuses le bleu timide de l'aurore. Devant eux, la colline s'étendait, s'étirait, se mouvant dans les
camaïeux verts des feuillages, bien ancrée à la manière d'une barrière de corail, affleurant dans l'océan du ciel. Martha et Daniel, ressemblaient à des amphibiens, tournant de droite et de
gauche leur tête et leur corps, et s'appliquaient à explorer de ça de là dans profondeurs de cet espace inconnu, sachant qu'il recelait un trésor, quelque part, près d'ici. Rien n'indiquait rien,
et en même temps c'eût été bien trop facile... – Tu sais, le village est plein de fontaines de tous âges, des canaux circulent dans tout le village, des sources ici, ce n'est pas ce qui manque...
– mais LA source elle ne peut pas être en vue, ou du moins si elle l'était, n'aurait pas pu passé inaperçue durant toutes ces années. Martha invita son ami à s'assoir sur les bord de ce qui
restait du mur de pierre. – Écoute Daniel, bien souvent, si tu veux cacher quelque chose, le mieux c'est encore de le mettre là où personne n'aura l'idée de chercher. Seulement, ton prêtre, c'est
la source qu'il voulait la cacher ou bien était ce son pouvoir ? Y a pas plus banal que de l'eau, et cacher de l'eau parmi les eaux, ne rend pas la trouvaille aisée, sauf pour celui qui sait. De
plus la plupart des fontaines d'ici indiquent de l'eau non potable, donc personne ne va en boire. Si le secret de cette eau a traversé le temps, on ne le voit pas peut être parce qu'il est
justement sous notre nez. – J'ai toujours aimé ta perspicacité Martha... – la nature change par elle même, mais les hommes l'aide aussi. Ce que tu ne vois pas sur cette terre, est quelque part
dessous, et ce qui est dessous, ressort toujours. Je pense à quelque chose, qui n'a rien à voir, mais... – dis toujours... – voilà, l'autre soir, quelques jours avant ton arrivée, le matin où
j'ai reçu ton message, j'ai fais un drôle de rêve, un rêve très curieux : je voulais rentrer chez moi, mais je ne trouvais plus ma maison, plus rien, plus une seule trace. C'était bien la bonne
rue, mais ma maison ne s'y trouvait plus. Je reconnaissais tout, mais il semblait que ma maison n'avait jamais existé. Puis, j'ai entendu une voix me demander d'ouvrir les yeux et à ce moment là
ma maison a réapparut. Au moment d'ouvrir mes yeux je me suis rendue compte que je baignais totalement immergée dans de l'eau. Alternant son regard entre son plan et son ami, une idée lui vint
tout à coup. – Martha, tu es géniale, lança t-il en se jetant à son cou. Je sais ! Dis moi, regarde ça, à quoi cela te fait il penser ? Il lui mit le plan sur les genoux. Martha se pencha dessus,
releva la tête, souri et dit en pointant son doigt potelé : – par là ! Ils marchèrent encore une bonne trentaine de minutes à travers bois. Elle n'osa pas lui demander quel était le lien entre le
rêve et sa découverte. L'instant qu'ils vivaient ensembles était porteur d'une magie qu'elle voulait conserver.
5 L'OUTIL
Le retour se fit dans les mêmes conditions silencieuses qu'à aller, mais semblaient regonflés d'un bel enthousiasme. Arrivés à la maison, Martha poussa le portillon et entra joyeusement en
appelant Pétrin. Il fît timidement surface, mais regagna bien vite sa cachette en voyant Daniel suivre derrière sa maîtresse. – Alors ? Déclara Martha – tu vas voir ! Daniel attrapa un bout de
papier, y écrit un mot avec une exceptionnelle attention sous le regard complice de sa partenaire de recherche. – Donne moi un flacon... – Comme celui ci ? – Parfait ! – Ils ont fait cette
expérience avec du riz. Tu ne devineras jamais ! – J'en ai une vague idée. Le riz a évolué en fonction de ce qui était écrit sur le flacon c'est ça ? – Exactement ! L'un était tout pourri, quand
à l'autre, un mois après était encore tout frais. Tu parles d'une découverte renversante ! – On ne vas pas le faire sur du riz cette fois ci, c'est ce pas Daniel ? – Non... Ensembles ils
tournèrent leur attention vers Pétrin qui releva la tête en gémissant du fond du salon. Les pensées étaient si soutenues qu'elles en devenaient communicatives. – Ce mot là te convient ? Et il
tendit fièrement le bout de papier à Martha. – J'ose pas y croire, mais tentons, après tout... – Martha, prends le dans tes mains, penses y très fort, vois le comme s'il était comme ce que j'ai
écrit. Elle s'appliqua comme une petite fille qui croit au monde des fées et des gnomes. Si touchante dans sa bonne foi. Loin d'irradier de la naïveté, c'était une conviction puissante qui
rayonnait. Cette femme alchimique tenait entre ses mains l'antidote tant attendu, celui qui rééquilibrait les peines. Le temps, l'amour y parvenait, mais là, c'était l'outil du charpentier
qu'elle portait. Son coeur, ses pensées, et ce secret pouvait accélérer la transformation. Elle y croyait. Daniel n'aurait jamais fait tout cela pour une utopie. Il regardèrent la fiole comme un
trophée.
6 L'ÂME AGIT
La soirée passa calmement, animée entre souvenirs et repas convivial. Couchés tard ils se réveillèrent de même, dans un matin déjà avancé. Pétrin ne gratta pas à la porte de la chambre de sa
maîtresse. Martha et Daniel furent réveillé par des rires d'enfants qui semblait provenir de la rue. Ils claquèrent les volets de leurs chambres respectives, et restèrent ébahis par la scène qui
se jouait sous leur yeux : Pétrin, jouait dehors avec des enfants qui lui lançaient sa vieille balle mâchouillée, à qui ramenait tout frétillant. On aurait dit qu'il avait fait cela toute sa vie.
D'un regard entendu, ils descendirent les escaliers pour se rendre à la cuisine. Tous deux encore en tenue de nuit, se tenaient face à la gamelle vide de Pétrin. La veille ils y avaient versé de
l'eau. L'eau de la prière de Martha. La fiole était restée sur la table, débouchée après avoir été vidée dans le contenant appartenant au chien peureux. Une étiquette y était encore accrochée,
portant le mot : AUDACE ! La gamelle d'eau de Pétrin avait été remplie de cet elixir incertain la veille. Martha et lui se regardèrent incrédules. Pétrin jouait dehors avec les enfants du village
pour la première fois de sa vie. Jamais depuis que Martha l'avait ramassé il n'avait montré de signe d'intérêt pour quelqu'un d'autre qu'elle même. Était ce donc possible ? Daniel se laissa
tomber sur une chaise. Martha restait plantée bouche bée devant ce spectacle les larmes aux yeux qui se frayaient une à une un chemin dans les tendres sillons de ses joues. Mais alors ? C'était
donc vrai !